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smiley : envelope La brûlure

Tu es là, je le sais. Tes yeux de braise se trouvent fichés dans mon coeur. Ton sang pétrolifère commence à me rendre aveugle. Je dois trouver une solution.

dimanche 10 mai 2015 à 18h14 par Darck Crystale | # | 1 commentaire

smiley : envelope Au premier sang

 Hier, j’avais mal fermé la porte de l’appartement. Je m’en suis aperçue quand je l’ai senti. Je m’en suis aperçue trop tard.

Le bruit des griffes trainant sur le carrelage résonnait lentement. Un pic est venu se ficher dans mon coeur. Un petit sifflement de fond de gorge, derrière moi. Je me suis retournée, et je t’ai regardée. Toujours identique à toi-même. Toujours aussi grande, aussi immonde. Les mêmes yeux qui brillent comme deux braises et brûlent tout autant.

Tu as retroussé tes babines dans un rictus déplaisant.

« Comme ça, tu as un nouveau jouet… »

Quand tu parles, les aiguilles s’enfoncent dans mon corps. Tu le sais, je le sais, je prends tout de même la peine de faire comme si de rien n’était, et toi tu fais semblant de ne pas te rendre compte que j’essaye de cacher quoi que ce soit.

« Ce n’est pas un jouet. Pourquoi es-tu toujours si irrespectueuse ? Tu n’as même pas frappé.

- Tu n’as pas entendu ? Je grattais depuis plusieurs jours. J’ai dû dormir sur le tapis, tu n’es pas une très bonne amie.

- Tu en es une, toi ?

- Je ne t’ai jamais abandonné. »

J’aurais largement préféré que tu partes, et qu’on ne s’envoie que des cartes postales de temps en temps, au jour de l’an, que j’ai envie de te répondre. Mais ça me demanderait trop d’énergie d’essayer de répartir avec toi.

« Alors, ce jouet, tu t’amuses bien avec ?

- Je t’ai déjà dit que ce n’est pas un jouet.

- Tu le trouves, tu t’occupes, tu le casses, tu pleures, j’appelle ça la vie d’un de tes jouets.

- Tu n’as personne d’autre à emmerder ?

- Avec toi, c’est tellement facile… Quand je viens te voir, c’est comme si je prenais des vacances. Tu n’as par répondu. Comment trouves-tu ton jouet ? »

Tu me fatigues. Tellement…

« Ce n’est pas un jouet. »

Tu t’es approchée de moi, as placé tes mains en forme de serres sur mes épaules, et t’es accroupie. Ton haleine de violette ne me manquait pas, si ton odeur d’égout. Tes yeux toujours fichés dans les miens, tu as répété :

« Tu t’amuses bien, avec ? »

J’ai parfois envie de te prendre et de te frapper contre les murs, tu sais. Mais physiquement, je n’en serais pas capable.

« Je ne m’amuse pas.

- C’est ce que tu dis à chaque fois.

- Tu me gonfles. »

Je sais que tu provoques ma colère uniquement parce que tu aimes me voir sortir de mes gonds. Car plus tu instilles ta haine, plus je deviens toi, et plus tu te nourris. Je prends une profonde inspiration. Ta babine droite tremble un instant quand tu émets ton rire étrange qui ressemble à l’inspiration prise par un asthmatique.

« Alors, pourquoi continues-tu ? »

Tu t’es redressées et es allée t’asseoir sur le canapé, les coudes sur les genoux.

« Parce qu’il m’intéresse.

- Tu vas le briser.

- Non. Pas cette fois.

- Je ne sais pas si l’on parle du même.

- Que veux-tu dire ?

- Que tu es lassée du précédent. Mais qu’il n’est pas encore cassé. Tu ne le feras que quand il essayera de se rappeler à toi, violemment. Heureusement, je serai là pour t’aider. »

Je respire. Un couteau est planté là où tu avais posé tes pattes.

« Je ne comprends pas.

- Ne fais pas semblant. Tu le sais, ce n’est pas la première fois. Tu ne peux pas garder deux jouets en même temps, tu n’as pas assez de temps. Pas assez d’énergie, ni de volonté. Tu es bien trop faible. Déjà que tu as du mal à n’en entretenir qu’un seul…

- J’ai des choses pour toi.

- Tu veux dire, comme à chaque fois ? Tes amulettes n’ont aucun pouvoir contre moi. Tu seras juste ridicule une fois encore.

- Quelqu’un m’a offert sept lingots d’argents, j’en ai fait des balles. »

Tu as haussé un sourcil, mimant un air surpris.

« Et as-tu seulement une arme ? »

J’ai saisi l’ouverture que tu avais faite dans ma cage thoracique. Je sors de celle-ci une winchester.

« Tu crois vraiment que je ne te connais pas ? Cela fait un moment que je t’attends ici, exactement ici. Je ne pense pas que tu puisses mourir, mais j’ai pris des précautions pour te chasser. »

Une flamme bleue passe dans ton regard. Tu ne souris plus. Tes lèvres se retroussent et tu me montres des crocs blancs comme la neige de l’hiver dernier.

« Essaye. Tu riras moins quand je serai encore là, perchée sur le pied de ton lit, à gratter le bois pour te tenir compagnie. »

Je pointe le fusil sur toi. Je tire. Tu as poussé un hurlement terrible et j’ai vu pour la première fois ton sang. Il est noir et ressemble à du pétrole, il en a aussi l’odeur.

« Femme, je reviendrai, jusqu’à ce que tu n’aie plus de balles. Et ce jour-là, attends-toi à ne plus exister que pour souffrir ! »

Tu t’es enfuie en brisant une fenêtre. Mon épaule pend lamentablement, j’ai mal et je saigne. Il y a un bordel monstre. Je souffre, mais une chose est sûre. La première balle est efficace. Je ramasse la douille, sur laquelle est gravée « J’existe ».

Tu reviendras, je t’attendrai. J’ai trouvé un représentant en argent, et j’ai tout mon temps pour façonner des balles. J’en ai d’avance. Et comme tu as pu le découvrir, oui, je possède des armes, que tu me permets toi-même d’atteindre. Cesse de me sous-estimer. J’ai beau mesurer un mètre de moins que toi, je suis capable de me défendre, désormais.

Je regarde mon téléphone.

« Je suis pas certain de pouvoir continuer à parler avec toi. »

Du coin de l’oeil, j’aperçois ton sourire, dehors.

Je te tuerai.

Je sais que je finirai par y parvenir, qu’importe si mon fournisseur se décommande. Je chercherai autre chose. J’ai vu ton sang, tu n’es pas intouchable.

samedi 09 mai 2015 à 18h13 par Darck Crystale | # | 1 commentaire
 
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